| (1) Un patrimoine en déshérence
La réutilisation des châteaux dans un but social est une tradition ancienne : depuis le XVIIe siècle, certaines demeures ancestrales sont transformées en hospices ou prisons. Avec la Révolution, la question se pose de manière plus massive : châteaux et abbayes étant vendus ou attribués à lÉtat, aux départements, aux municipalités ou à des particuliers.
Bien que les châteaux privés connaissent par ailleurs un âge dor (transformations, améliorations et constructions nouvelles), lérosion se poursuit au cours du XIXe siècle, de nombreuses propriétés étant léguées ou achetées par des uvres charitables. À la fin de la Première guerre mondiale, le mouvement de réaffectation connaît un nouvel essor, alors même que la crise des grandes fortunes et la baisse des revenus agricoles entraînent larrêt des chantiers de construction ou de réparation.
Aucun château nest édifié ou presque après 1918. Si la presse annonce de façon exagérée la fin de lusage aristocratique des châteaux, les initiatives privées et publiques se multiplient pendant lentre-deux-guerres dans le domaine social. Aux traditionnels orphelinats sajoutent les équipements de la croisade sanitaire contre la tuberculose : colonies de vacances, écoles de plein air, aériums, préventoriums et sanatoriums. uvres de bienfaisance, municipalités et services de lÉtat se disputent les occasions à saisir pour reconvertir ce patrimoine.
Après la Seconde guerre mondiale, la politique des dommages de guerre et laffaiblissement de la propriété privée des grands domaines semblent accélérer ce processus, même si certains commencent à en questionner laspect fonctionnel. Tous justifient cette politique par lopportunité foncière et financière. Mais était-ce si opportun et pour qui ? La remise en cause de lusage des châteaux et de leur capacité dadaptation à la fin des années 1960 donne tout son sens à cette question. |